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Anonyme Le 23 janvier 2012 à 18h04Voici le courrier envoyé à votre rédaction ! Quand ELLE parle d’une « mode noire » et tombe dans la stigmatisation des femmes noires. Nous sommes abonnées au magazine ELLE et nous avons été révolté par la lecture d’un article rédigé par Nathalie Dolivo intitulée : « Les égéries : un style loin du streetwear ». Dans l’article, la journaliste du magazine ELLE entend décryptée la tendance d’une mode noire représentée par des jeunes femmes noires, des artistes telles que les chanteuses Nicki Minaj, Rihanna, Solange Knowles ou encore Inna Modja. Si l’intention de mettre en avant des femmes noires dans un magazine -qui privilégient clairement au vue de son contenu éditorial la beauté caucasienne- est louable, le texte de la rédactrice tombe dans une accumulation de clichés et d’images fortement stigmatisantes voire racistes à l’égard des femmes noires. Les femmes noires n’ont pas attendu l’avènement du président Obama et de son épouse pour s’intéresser à la mode et aux créateurs. Le titre de cet « article » présente clairement les femmes noires comme des femmes enfin assimilables et présentables aux yeux des canons esthétiques définies par une société blanche. Les jeunes femmes noires ne sont pas ces sauvages enfin civilisées, éduquées ayant « intégré tous les codes blancs » comme vous nous l’expliquez à la manière d’un colon émancipateur. Vous dressez le portrait- à l’aide d’un néologisme qui se veut sociologique- d’ une « black-geoisie » dotée d’un style : « classique avec un twist, bourgeois avec une référence ethnique (un boubou en wax, un collier coquillage, une créole de rappeur…) qui rappelle les racines ». Avant de parler d’ethnicité, de réviser l’histoire des femmes noires, je vous prie de réviser votre Histoire. Les références citées ne sont pas des « racines » mais des clichés produits par la société, en aucun cas liés aux racines des communautés noires. Le style des femmes noires n’est pas principalement représenté par la musique urbaine, et incarné par ces chanteuses populaires que vous citez. Nous ne sommes pas cette femme noire avec une créole de rappeur, habillée en streetwear qui semble vous obséder. Nous avons des styles différents comme nous avons des personnalités, des histoires et des références différentes. Dans votre article vous citez Jon Caramanica, journaliste au New York Times, et son article intitulé « Pushing the Boundaries of Black Style ». Il est intéressant de constater que cet article met en avant le collectif américain Street Etiquette. Ce collectif composé de jeunes hommes noirs aux styles dandys a justement crée son blog en 2008 pour démontrer aux médias que le style des noirs et non « le style noir » ne s’est jamais limité aux tenues streetwear. Vous évoquez « les années 30, le mouvement Cotton Club, les costumes de jazzmen et les robes charleston. Et dans les années 60, le combat pour les droits civiques, le black power, la classe ineffable et inégalée d’une Angela Davis » comme les heures de gloire d’un raffinement et d’une élégance perdue par les femmes noires. Ces quelques références historiques ne sont pas représentatives de l’histoire du style des noirs dans son ensemble. Des sapeurs congolais des années 60 aux smarteez de Soweto des années 2000, il n’y ‘a pas de mode noire mais une multiplicité de styles qui empruntent leurs codes à différentes cultures et histoires, des geishas de Kyoto au retro-futurisme de Lloyd Dunn. De même, nous tenons à vous dire que l’audace, la créativité ne se sont jamais endormies, vous les avez simplement réduits à des simples objets d’exhibition. De la même manière que vous imaginez les femmes noires comme des objets- enfin visibles car ayant gagné leurs lettres de noblesse mode – en intégrant les codes vestimentaires blancs. Lorsque Prada ou Burberry s’inspirent du continent africain pour leurs collections estivales 2012, vous ne le décryptez pas comme une « intégration des codes noirs » par « la white-geoisie » en ces temps de crise, ni comme une renaissance de la mode blanche. Ces styles que vous décrivez comme endormis ont toujours influencé les femmes du monde entier qu’elles soient noires ou blanches. Ella Fitzgerald, Claudinette Fouchard, Nina Simone, Diana Ross, Dorothy Dandridge, Maria Hawkins Ellington, Joséphine Baker, Ruby Dee ou encore Etta James font parties de ces femmes noires qui n’ont pas attendu les codes blancs pour faire la mode, inspirer la mode et faire rêver la mode universelle, ni blanche ni noire. Les références en matière de mode des femmes noires ne se limitent pas qu’à la musique comme vous l’écrivez. Nous avons des intellectuelles telles que Maya Angelou, des femmes politiques telles que Coretta Scott king, des reines comme Amanis Shaktete qui ont inspiré la mode. je vous invite donc à faire votre travail journalistique en effectuant le travail de recherche nécessaire pour produire un véritable article traitant de ces femmes iconiques. Se tiennent aujourd’hui deux expositions à Paris. L’exposition Dépara à la Revue noire et l’exposition Exhibitions au Musée du quai Branly. Je vous invite à vous y rendre car elles vous permettront de comprendre que la mode qu’elle soit noire ou blanche tire ses inspirations de diverses sources et que le vêtement dans toutes les communautés et civilisations est le symbole de la liberté. Il devient l’arme du racisme, de la stigmatisation lorqu’on lui invente des significations pseudo-sociologiques, historiques comme vous le faites sans posséder le savoir d’une ethnologue ou d’une historienne. Des magazines telles que Ebony (1945) , Essence(1968) aux États-Unis ou Afrosomething.com (2011) , Fashizblack (2007) en France ont justement été crée pour que de tels articles aux relents racistes puissent ne plus jamais être publié en 2012. Pour rendre sa liberté aux vêtements, à la mode, à la créativité et cesser d’inventer des codes erronés qui mènent souvent à des castes, à une hiérarchisation des genres et à une stigmatisation des êtres. En 2012, ELLE peut mieux faire et doit mieux faire. Il existe des manières plus subtiles et les technologies actuelles permettent d’obtenir des informations concrètes pour rendre un véritable hommage aux icônes noires. Alors nous vous invitons à retirer cet article préjudiciable et à présenter des excuses à l’ensemble des femmes noires qui à la lecture de votre article se sont senties insultées car associées à des stéréotypes erronés. ELLE peut mieux faire et possède les moyens de le faire. Nous nous portons donc candidates pour vous fournir les informations nécessaires à l’écriture d’un prochain article qui réhabilitera les femmes noires dans toute leur diversité, pluralité et originalité. Patricia Ahanda et Lyna Ahanda.






